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« AMERICAN NIGHTMARE » !!! –quand le rêve tourne au cauchemar

16 août 2011

«Tout repose sur la confiance, la confiance repose sur… rien. »
Formule du nihilisme occidental. L’effet pris pour la cause.»
JPreaultques, sur TWITTER, twit du 11 août 2011

Pourquoi je déprime comme ça? Je ne suis pas investisseur, alors je ne suis pas affecté par la chute des marchés. Je pourrais être plutôt content d’avoir eu raison rétrospectivement… prêt à reprocher à Benson son manque de vision aux lunettes roses, voire sa confiance aveugle dans le système dans nos interminables discussions… comment ne peut-il pas voir que j’aurai eu raison??! Je devrais applaudir à la chute de mes ennemis. Ils se sont mis eux-mêmes dans ce trou, mais nous tous avec… Je me considère depuis longtemps comme un ennemi des excès du capitalisme américain. La tendance dépressive à commencé à prendre le dessus dans mon caractère au début des années 80, avec l’effondrement de la gauche ici au Québec et le triomphe de l’économisme. Les seuls héros positifs étaient les patrons, les entrepreneurs, les investisseurs en ce temps-là et leur règne a duré bien trop longtemps. Ils ont eu le temps de nuire au monde entier. La planète même en souffre, de ce tout-à-l’économie comme du tout-à-l’égout…

Quand les seuls intérêts économiques se retrouvent à la tête d’une société, cela signifie qu’il n’y a aucune direction, le cerveau de la civilisation est débranché. Quand le seul profit à court terme est considéré, favorisé dans l’élaboration des politiques, cela signifie que cet État n’a cure de durée. Il disparaîtra très rapidement et je le dis depuis longtemps mais c’est exactement ce que nous sommes en mesure de constater maintenant. Nous sommes les tristes témoins historiques d’un moment exemplaire dans le long cours du temps, de l’érection des empires et de la chute des civilisations. Le cauchemar américain tourne au suicide. C’est triste à voir à l’échelle d’une grande nation.

Je ne suis pas véritablement enchanté de la déconfiture américaine même si encore là je pourrais dire que j’aurai eu raison… mais de quoi? De débarquer du train, de manquer le bateau… Non, tout cela laisse un goût amer dans la bouche et je perds mon temps en gaspillage stupide de mes énergies. Manque le sens d’un accomplissement, d’une œuvre, d’une entreprise, un défi, du sens dans ma vie… La construction de quelque chose qui pourrais durer fait envie dans un monde en perdition que l’obsession du nouveau, dernier cri destinait à l’éphémère. L’aventure des « baby boomers« , qui a eu plus que sa part de moments exaltants, tourne au cauchemar et se termine en queue de poisson. C’est cette génération des baby boomers qui aura consommé la catastrophe.

Par son impéritie, sa légèreté, son manque de sérieux, manque surtout du sens des responsabilités. Malgré ma marginalité, plus ou moins choisie, je me sens solidaire, et pas seulement solitaire… solidaire à mon corps défendant et malgré mon désir, ma volonté de m’exempter… de cette génération qui avait vraiment tout pour elle, de cette génération qui avait virtuellement la possibilité d’hériter des promesses du paradis sur Terre mais qui aura tout gâché. Solidaire même si –et aussi peut-être surtout parce que — je n’y aurais pas fait ma part. Je n’ai pas lutté suffisamment pour mes convictions, mais je me suis caché pour sauver ma peau, pour ne pas m’offrir en victime innocente (faible excuse: on me faisait savoir que j’étais surveillé!…). Je me sens tout de même un peu coupable et par abstention, complicité tacite, alors que je n’ai pratiquement rien fait pour aggraver le processus de la catastrophe au ralenti que je vois venir pourtant depuis très longtemps.

Cette crise qui se dévoile maintenant dans presque toute son ampleur… mais patience, on n’a encore pratiquement rien vu… se prépare depuis longtemps. Paul Valéry se penchant sur l’expérience de la Première guerre mondiale constatait la tendance au suicide de la civilisation européenne. Pendant longtemps, ramassant les morceaux après la casse, l’eldorado américain semblait exempt de ces tares et sain, la terre de l’optimisme, où pouvaient croître les ambitions et germer les rêves (de toutes sortes). Juste retour du refoulé? L’Amérique est aujourd’hui plus suicidaire encore que ne le fut jamais l’Europe aux jours les plus sombres de la boucherie de masse scientifiquement organisée. Cette volonté obtuse de persister dans l’erreur ne peut s’expliquer de la part d’une civilisation qui se caractérisait elle-même comme pragmatique que par une sorte d’aveuglement volontaire. Ce vouloir fou, ce désir de croire, ce besoin de l’illusion (de toute-puissance) qui produisait une attitude énergique suscitant l’admiration, ce dogme de l’exceptionnalisme américain, ne suscite plus que le mépris aux jours de la chute fracassante.

(Moody, je demeure « moody », en fait plutôt dépressif… c’est que je ne suis pas un nihiliste actif. Porté vers la contemplation, je me voulais poète, j’aurais aimé changer d’hypothèse, quitter le train, rater le bateau, jeter l’éponge et gagner, sur un autre terrain, où s’écrit l’autre vérité qui est celle de l’imaginaire.)

Les étapes qui ont menées à la crise commencent, alors que progressivement on oubliait les leçons de la grande dépression, au moment du premier choc pétrolier alors que mis sous pression par de Gaulle et les Allemands, Nixon met fin à la convertibilité du dollar en or. C’est le début de la monnaie purement fiduciaire, c’est-à-dire qui ne vaut que par la confiance qu’on investit en elle, c’est-à-dire toujours trop et finalement plus du tout… Fiat money, from thin air… Elle n’est reliée à rien de tangible et flotte sur des riens, gagée sur… l’avenir. Avenir d’une grande nation ou bien d’une grande illusion. C’est en octobret 1971. Le dollar était déjà monnaie de change internationale mais le pas décisif a été de le couper du baromètre de référence de la valeur que représente le standard or(-métal).

On a échangé alors une mesure de la valeur par la valeur de ce qu’on croit qu’il vaut, le greenback. Alors l’aventure continue par la dérégulation d’un ensemble de secteurs mais particulièrement des secteurs bancaires et financiers de l’époque du tandem Reagan-Tatcher. Restaurant l’optimisme en Amérique et dans le monde après le second choc pétrolier, les « reaganomics » et le tatchérisme (Remember: « There is no such thing as « society »… dixit la Tatcher; et qui disait, parlant du dollar à cette époque: « It is our currency, it is your problem« ? … -Réponse, Conally. Pouvait-on être plus clair?) ont donné un coup de fouet à la montée de l’illusion qui allait régner sur les marchés et a favorisé le gonflement monstrueux de la taille et de la puissance des milieux financiers. Cette financiarisation de l’économie mettait en place l’euphorie irrationnelle qui s’emparait des investisseurs, avec le triomphe de l’intégrisme des marchés, une sorte de nouvelle religion qui devient tout à fait irrésistible quand on ne croit plus en rien.

Mais pour en arriver aux marchés-casino d’aujourd’hui, il a fallu de « bons » ouvriers, comme Allan Greenspan, qui allait s’employer à la tête de la FED a gonfler systématiquement des bulles, faisant du si bon travail qu’elles ne sont pas encore toutes crevées !!! Après Greenspan-le-héros, Bernanke n’est qu’un pâle épigone. Le drame étant que pour satisfaire au dogme de la croissance on s’est contenté d’un gonflement bidon des chiffres des nuisances qui paraissent bien, enchantant les actionnaires mais équités aux valeurs grandement surestimées. Pendant que l’Amérique s’enlisait dans les mauvais choix, la Chine, par exemple, se sortait de l’étau de la pauvreté et basait son économie sur la manufacture de biens destinés à l’exportation. L’équilibre du monde, la répartition des masses économiques était discrètement en train de changer.

Arrivé au plus mauvais moment, Obama est une déception totale. On le croyait armé d’une vision et il aurait pu changer les choses. Mais il n’a pas eu la courage de se distancier du pouvoir de Wall Street qui l’avait mis en selle, à toutes fins pratiques, en finançant très largement sa campagne. Il n’a pas su s’attaquer aux vrais problèmes économiques quand il en avait la chance. Il a tout manqué dès le début en s’entourant des pires conseillers, les choisissant parmi les premiers responsables de la crise financière. Et on a tellement menti aux masses depuis si longtemps qu’elles ne sont pas près d’y retrouver leurs petits, voire quelque point de repère fiable qui permettre de faire sens.

L’espoir existait, il était palpable au moment de son élection mais il s’est révélé comme une coquille vide. Intellectuel articulé, travailleur social, jeune représentant, apôtre des bons sentiments, en fait il n’avait déjà plus rien de solide à offrir. L’ironie est cruelle et tout ce qui reste de bonne volonté dans ces « États-Unis » (unis? pour combien de temps encore?) ne sait plus vers où se tourner pour appeler le Sauveur. Ne comprenant pas ce qui lui arrive, craignant toujours comme la peste le remède qui sauve, j’ai nommé le socialisme, le peuple américain est destiné à souffrir, l’empire tombant encore plus vite qu’on avait pu l’imaginer. La guerre civile est à nos portes, de larges portions du pays qui passe encore pour le plus riche sont déjà ravagés.

Le temps d’agir était celui du premier mandat. Il n’y aura peut-être pas de deuxième mandat. Maintenant il est trop tard pour éviter la profonde dépression de l’économie mondiale. Les effets de la crise des subprime n’est pas encore résorbée dans les balance sheet des grandes banques. Sans véritables débats éclairés paresseusement Obama a choisi d’endetter lourdement les contribuables pour des générations afin de se porter au secours des responsables du gâchis, ces banques jouant les grands spéculateurs avec de l’argent inventé, ces compagnies d’assurance qui n’en manquent pas, puisqu’on leur assure qu’elles sont « too big to fail« . La loi économique de faire face aux conséquences a été bafouée et tout cela seulement pour en arriver finalement à reporter l’échéance, le moment de payer la note encore plus salée et qui va bientôt arriver. Pour sauver des banques, on a laissé couler le dollar : c’est le porte-avions amiral qui coule, sans même besoin d’ennemis comme dans la bataille du Midway.

Malheureusement pour moi c’est jusque dans la dépression que je me sens solidaire de mon époque. Quel pitoyable gâchis : 1) ma vie, et 2) cette époque qui était pourtant porteuse de toutes les promesses.

Le travail ascétique, sérieux, à la fois physique, ouvrier, constructif, patient, intellectuel et spirituel pourra seul permettre éventuellement de trouver sa voie hors de la catastrophe… mais elle devra être à la fois individuelle et collective. La liberté d’être un individu, la possibilité, peut-être, de devenir une vraie personne, la recherche de l’accomplissement d’une œuvre même ne saurait dispenser d’assumer la responsabilité solidaire du collectif.

Les Chinois n’ont pas ce même genre de problèmes, je crois. Ils ne sont pas nihilistes, ils chérissent la vie par-dessus tout, savent profiter du moment, acceptent l’inévitable, se méfient des croyances, ne croient pas aveuglément en l’abstraction, sont superstitieux mais au cas où… Le Chinois ne se sent pas le droit d’exister comme individu séparé ou pire, opposé au collectif. Le Chinois généralement raisonnable se préoccupe surtout de durer. Conservant vivace le culte des ancêtres, c’est devant le tribunal des générations précédentes qu’il ne veut pas démériter et ce devoir lui impose de construire pour les générations futures.

Aujourd’hui, c’est étrange, quel changement en peu de temps!, presque tout le monde voudrait être Chinois. Même si très peu comprennent bien finalement ce que cela signifie. L’Occident aura lui-même creusé sa tombe. Comme Marx le prédisait du capitalisme. Lénine disait que l’avant-dernier capitaliste allait vendre aux révolutionnaires la corde qui servirait à pendre le dernier capitaliste. Le profit à court terme est contraire au projet de durer.

Et tout cela sans que l’on ait encore dit le moindre mot sur les choses sérieuses. Tout cela avant même de commencer à s’organiser pour sauver la possibilité de la vie intelligente sur cette planète.

Là-dessus, cher dinosaures… air connu, je vous souhaite une bonne journée!
Ou comme dirait Spock (avec Platon) : « Live long and prosper » …

Meilleurs souhaits pour la vie future.

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