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Mésinterprétations en relation à la « triade » moderne — Misinterpretation related to the modern « Triad »…

9 avril 2010

mésinterprétations

     

Après la Seconde Guerre mondiale, lorsque les philologues eurent
librement accès aux manuscrits, lorsque fut publiée la grande édition
des œuvres philosophiques complètes par G. Colli et M. Montinari qui
restituait leur ordre chronologique aux fragments posthumes, Nietzsche
échappa enfin aux conflits idéologiques de la première moitié du XXe
siècle. Il semble devenir, non pas tout à fait un penseur classique,
mais suffisamment inactuel pour que la philosophie puisse chercher dans
son œuvre un renouvellement, un recours au-delà d’un hégélo-marxisme
alors triomphant. Ce qui lui a été alors demandé est une nouvelle
démarche critique, ou plutôt historico-critique la généalogie. N’avait-il pas rompu, au
moins dans la forme de l’exposition, avec la tradition philosophique?
N’avait-il pas entrepris une mise en question radicale de la philosophie
occidentale considérée comme nihiliste? Son "inactualité" consonait
étonnamment avec les interrogations contemporaine de la seconde moitié
du XXe siècle. En France, un philosophe prestigieux, Paul Ricoeur,
proposa un syncrétisme associant bizarrement Nietzsche à Marx et à
Freud; ce qui fut pour quelques années fort actuel. Michel Foucault
déclare en 1967 :


"Le XIXe siècle est singulièrement
Marx, Freud et Nietzsche nous ont remis en présence d’une nouvelle
possibilité d’interprétation, ils ont fondé à nouveau la possibilité
d’une herméneutique […]. Je me demande si l’on ne pourrait pas dire
que Marx, Nietzsche et Freud, en nous enveloppant dans une tâche
d’interprétation qui se réfléchit toujours sur elle-même, n’ont pas
constitué autour de nous, et pour nous, ces miroirs d’où nous sont
envoyées des images dont les blessures intarissables forment notre
narcissisme d’aujourd’hui."


     À quoi il fut répondu
qu’il y avait sans doute pléthore d’interprétations :


Si
Marx a raison, Nietzsche doit être interprété comme un phénomène de la
bourgeoisie à telle époque. Si Freud a raison, il faut connaître
l’inconscient de Nietzsche et donc je vois une sorte de guerre entre
Nietzsche et les deux autres.


     De fait, cette trinité
des "philosophes du soupçon" n’a été qu’une construction idéologie
passagère. Nietzsche ne peut pas être lu en ne retenant que la
généalogie comme méthode isolable du thème de la volonté de puissance
qui la fonde, et comme si cette dernière était interchangeable avec le
matérialisme de Marx et la libido de Freud. Comprendre Nietzsche est
comprendre ensemble, comme dans une seule main, les thèmes majeurs : non
seulement de l’immoralisme et de la surhumanité, mais aussi du dionysisme
et de l’éternel retour.

Misinterpretation

     After the Second World war, when the philologists had freely access to manuscripts, when was published the big edition of complete philosophical writings by G. Colli and Mr Montinari who restored their chronological order to the posthumous fragments, Nietzsche avoided finally ideological conflicts of the first half of the XXth century. It seems to become, not completely a thinker classical, but unactual enough so that philosophy can search in its work a renewal, an appeal beyond a hégélo-Marxism then triumphant. One asked for what him then is a new critical step, or rather historico-critical genealogy. Had not it broken, at least in the form of exhibition, with philosophical tradition? Had not it undertaken a radical bet being discussed of western considered philosophy as nihiliste? His ‘ Inactualité ‘ consonait surprisingly with questionings contemporary of the second half of the XXth century. In France, a prestigious philosopher, Paul Ricoeur, offered a syncretism linking Nietzsche strangely to Marx and to Freud; what has been for some years very much actual. Michel Foucault declares in 1967 :

    ‘ XIXth century and especially Marx, Freud and Nietzsche granted us of a new possibility of interpretation. They founded anew the possibility of  hermeneutic […]. I wonder if they could not say that Marx, Nietzsche and Freud, by enveloping us in a task of interpretation which is always reflected on itself, did not constitute around us, and for us, these mirrors where from are sent to us pictures, the unfailing wounds forming our actual narcissism. ‘

     What it was answered (by Jean Wahl in Nietzsche, Cahier de Royaumont, 1967, p. 185-6) that there was probably plethora of interpretations:

     ‘ If Marx is right, Nietzsche must be interpreted as a phenomenon of the middle classes in such epoch. If Freud is right, it is necessary to know the unconscious of Nietzsche and therefore I see a kind of war between Nietzsche and the two others. ‘

     Indeed, this trinity of the ‘ philosophers of suspicion ‘ was only a temporary ideologic build up. Nietzsche cannot be read by keeping only genealogy as a method isolable from the major topic of the Will zur Macht which founded it, and as though this last was interchangeable with the materialism of Marx and the libido of Freud. To understand Nietzsche is to understand major topics together, as in the single hand: not only of immoralism and Übermensch, but also Dionysism and the heavy thinking of endless return.

This translation is from original  French book Comprendre Nietzsche (Understanding Nietzsche) by Jean Lefranc, Armand Collin 2009, p. 25-6.

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