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SAGESSES CHINOISES

3 mars 2010

SAGESSES CHINOISES

Jean de Miribel, Léon Vandermeersch, Flammarion 1997, Coll. Dominos

 Données sociales : la famille, le clan

     En Chine, comme dans la plupart des pays
d’Extrême-Orient, c’est la société qui est première. Les droits appartiennent à
la société et les devoirs à la personne. La personne est d’abord reconnue comme
dépendante d’ensembles collectifs dont elle est membre : la famille, le
clan, le village, le district ou l’unité de travail. Elle est aussi perçue
comme incluse dans un réseau complexe de relations dont cinq sont
fondamentales : celles de l’empereur et de ses sujets, du mari et de sa
femme, du père et de ses fils, du frère aîné et de ses frères cadets, et des
amis entre eux. A chaque personne incombe le devoir de se situer dans cette
trame de relations en conformité avec sa condition humaine, sa position sociale
et sa responsabilité politique.

La famille est
le noyau du tissu social chinois. Un couple auquel sont associés les enfants et
les parents, soit tout un groupe vivant sou un même toit, constitue la famille.
Pendant des générations, les hommes de toute condition sociale ont désiré que
leur famille soit nombreuse et ont souhaité engendrer beaucoup de fils. Les
paysans considéraient – à juste titre – qu’un grand nombre de bras masculins
capables de cultiver la terre étaient une assurance pour l’enrichissement et la
réussite de leur famille et également une sécurité pour leurs vieux jours.
Cette aspiration du peuple était partagée par les empereurs, qui estimaient
que, avec un nombre grandissant de paysans, leurs revenus deviendraient plus
élevés et leur armée plus forte.

Au temps des
Han, la famille chinoise regroupe, en moyenne, cinq ou six personnes. Quelques
siècles plus tard, à l’époque Tang, cette moyenne augmente, la famille comptant
alors six ou sept membres. Les familles, les paysans, en raison de la dureté de
leur existence, de la précarité de leurs revenus et d’un fort taux de
mortalité, sont en général nettement moins nombreuses que les familles de
fonctionnaires, dont le chef dispose de beaucoup plus de ressources et peut
donc se permettre d’entretenir plusieurs femmes.

Dans la
famille chinoise traditionnelle, l’homme prime et détient toute l’autorité. Son
pouvoir dans ce cadre est considérable. Le mari commande à sa femme et a le
droit de la renvoyer, notamment lorsqu’elle n’enfante que des filles. Ces
dernières, quand elles sont trop nombreuses, sont parfois tuées à la naissance.
Le père choisit les épouses de ses fils comme les maris de ses filles, et, dans
des temps de grande famine, il peut même vendre sa femme et ses enfants. Le
grand-père est honoré et son avis est écouté avec respect.

Le chef de
famille est le maître donnant à chacun la tâche qu’il doit accomplir. Il
distribue le travail en fonction des capacités des uns et des autres et
répratit les ressources en fonction de leurs besoins. A sa mort, ses biens sont
affectés aux fils, l’aînés l’emportant sur tous les autres.

La femme est
entièrement subordonnée à l’homme. Soumise à son père avant son mariage, elle
est ensuite aux ordres de son mari et devient dépendante de ses fils lors de
son veuvage. Tenue de rester à la maison, elle y est chargée de tous les
travaux domestiques, et, s’il lui arrive de sortir, il lui est prescrit
d’éviter de porter son regard sur les passants. La condition de la femme empire après le Xe siècle . A
partir de l’époque Song (906-1279), les pieds d’un grands nombre de jeunes
filles sont brisés et bandés, source pour elles de grandes souffrances. A la
cour de Li Yu (937-978), le dernier souverain du petit royaume éphémère des
Tang du Sud (installés dans l’actuel Jiangxi), une danseuse nommée Yaoniang
eut, la première, l’idée de pratiquer sur elle-même ce traitement. Le succès
qu’elle en tira, l’admiration érotique que lui valurent ses petits pieds furent
si prononcés que, bientôt, toutes les beautés aristocratiques du pays se mirent
à l’imiter et que la mode des pieds bandés se perpétua jusqu’à la fin de
l’ancien régime.

Tous les fils
sont tenus d’observer la piété filiale. Cette piété recouvre d’abord une
exigence biologique. Les fils ont l’obligation de se marier et d’assurer à
leurs parents une descendance masculine. Telle est la condition qui leur permet
d’être reconnus par la société comme des fils bons et fidèles. Cette piété
filiale est également une exigence sociale. Il importe que les fils valorisent
le nom et la réputation de la famille et fassent croître son avoir. Le rêve de
toute famille est qu’un de ses membres, grâce à son savoir, soit admis à un ces
concours impériaux et devienne fonctionnaire impérial, source assurée
d’honneurs et de richesses. Enfin, cette piété filiale a un aspect moral. Tout
au long de leur existence, les fils sont tenus d’exprimer leur reconnaissance à
l’égard de leurs parents, en veillant à ce qu’ils ne manquent de rien et même
en se sacrifiant pour eux. Certains fils, à la mort de leur père ou de leur
mère, vont jusqu’à demeurer trois ans près de son tombeau, manifestant ainsi la
profondeur et la fidélité de leur attachement.

Ensemble
social regroupant plusieurs familles, le clan est à la base de la société
impériale. Il comporte en général trois groupes constitués par les famille du
père, de la mère et de la femme du chef de clan. A l’origine, le clan ne
regroupe pas plus de cinq générations. Plus tardivement, il peut rassembler
jusqu’à neuf générations. Au début de la dynastie des Tang, l’empereur Gaozong
(qui régna de 649 à 683), en voyage dans le Shandong, donna audience à un
certain Zhang Gongyi, chef d’un clan ramifié de la sorte depuis neuf
générations. Interrogé sur la vertu qui lui permettait de faire vivre tout ce
monde ensemble, Zhang Gongyi prit un pinceau et, sans mot dire, calligraphia
cent fois le caractère ren (« endurance dans l’épreuve »),
formé du pictogramme du couteau planté sur le pictogramme du cœur.

Dans la
société chinoise, le clan a une important capitale. Son rôle est à la fois
social, culturel, juridique et religieux. Le clan est d’abord un village où
sont répartis les travails qui incombent à l’ensemble et où sont distribués les
profits. Le clan est aussi une école où sont transmises les traditions et où
sont enseignées les exigences éthiques et les rites. Le clan est encore un
tribunal où sont jugés et punis les délits mineurs et réglés les conflits entre
les personnes. C’est enfin un temple où l’ensemble des famille vénère
fidèlement la mémoire des ancêtres dont les noms sont gravés sur des tablettes
conservées dans les maisons et transcrits sur des registres généalogiques. Ces
registres généalogiques gardent aussi le souvenir des événements importants de
l’histoire du clan.

(pp.17
à 21)

Données culturelles

(…)

C’est à
travers ces caractères, signes évocateurs des réalités de l’univers (cf.
annexes, p. 120), que se découvre la culture chinoise. Ceux-ci ont une longue
histoire. A l’origine, ces signes, appelés jiaguwen, étaient gravés sur
des carapaces de tortue ou des ossements de bovidés. Parmi les quatre mille de
ces graphies qui ont été dénombrées, un quart d’entre elles seulement ont pu
être déchiffrées. Par la suite, au cours du IIe et du Ier millénaire avant
notre ère, s’est fixée l’écriture idéographique, d’abord en textes, gravés sur
des vases en bronze destinés aux offrandes.

Au cours de
son règne, l’empereur Qin (221-21- av. J.-C.) unifie les caractères des
différents royaumes, puis, au cours de la dynastie des Han, les 9 353
caractères de l’époque voient leur graphisme simplifié. Jusqu’au XVIIe siècle
(jusqu’à la dynastie Qing) leur nombre augmente considérablement. Le
dictionnaire compilé sur l’ordre de l’empereur Kangxi en recense 47 035.

Dès le premier
millénaire avant notre ère, au cours des période dites de Printemps et des
Automnes et des Royaumes combattants, la pensée chinoise se révèle d’une
richesse, d’une originalité et d’une profondeur extraordinaires, atteignant même
un sommet inégalé dans toute l’histoire de l’empire.

Ces quelques
siècles se caractérisent par le début de l’histoire écrite, le dépassement de
la divinisation par la réflexion, la substitution d’une vision rationnelle de
l’univers à une vision mythique des choses, l’apparition d’enseignements privés
coexistant avec l’enseignement officiel, comme ceux que dispensaient les Maître
(zhuzi), dont le premier fut Confucius (551-479 av. J.-C.), et qui
furent à l’origine de nombreuses écoles de pensée (qu’on a appelées les cent
écoles de l’époque des Royaumes combattants).

Les plus
célèbres sont celles du confucianisme (rujia), du taoïsme (daojia),
du légisme (fajia) et du moïsme ( mojia). Le Vie siècle avant
notre ère est en Asie l’apogée de ce temps de jaillissement de l’esprit
puisque, suivant la tradition, naissent successivement en moins de vingt ans
Laozi, en 570, Sakyamuni ou Bouddha, en 560, et Confucius, dont, en 551. [Il
faudrait placer quelque part Pythagore et Empédocle et surtout Héraclite
d’Éphèse
(jp)] Ce siècle précède de quelque cent ans le grand siècle
de la Grèce avec Socrate (470-399), Platon (427-348) et Aristote (384-322).

La pensée
chinoise est essentiellement dialectique et compose avec les contraires,
s’efforçant inlassablement de les réduire ou de les dépasser pour parvenir à
l’harmonie. Ainsi, en Occident, l’affirmation et la négation s’opposent, alors
qu’en Chine elles se complètent et même s’unissent. Tandis qu’en Occident toute
réponse s’oriente vers un oui ou un non, l’un excluant l’autre, en Chine, toute
réponse peut être à la fois un oui et un non, l’un n’excluant pas l’autre et même
l’un tendant à devenir l’autre.

C’est aussi
une pensée essentiellement relative et pour laquelle il n’y a aucun absolu,
aucun principe transcendant. Par ailleurs, puisque, pour les Chinois, le monde
est en état de mutation perpétuelle, la saisie du réel ne peut être que
provisoire et constamment soumise à des variations en raison des modifications
incessantes du ciel, de la terre et de l’homme. En Chine, toute vérité sera
donc fonction du temps, du lieu et des personnes.

C’est enfin
une pensée essentiellement pragmatique, tournée vers les réalités existantes et
concrètes de la terre. Ce qui intéresse les Chinois, ce n’est pas le pourquoi
des êtres et des choses mais le comment du fonctionnement de l’univers dans
lequel l’homme est inclus. Le but est de parvenir à une meilleure maîtrise de l’ensemble
et de faire progresser l’homme [chinois… (jp)]. Les principales sources de l’inspiration de
cette pensée sont un ouvrage, le Canon des mutations (Yi Jing),
et deux hommes, Laozi et Confucius.

(pp. 23 à 25)

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One Comment leave one →
  1. 26 mars 2010 11 h 22 min

    Here, in underlined portion of French text, it is "your" Li Yu, sad emperor, where woman condition worsened, to begin with establishment of breaking feet bones to get "lotus flower" madness. The other Li Yu is my favorite. I just read his erotic novel, great! French title "De la chair à l\’extase" (From flesh to nirvana). I heard that in Taiwan or Hong Kong some are now in the process of making a film inspired by this novel.As I understood this text, very lively and thoughtful, it is not mainly eroticism designed to praise lust, but this is truly a spiritual path. This made more to convince me to go beyond desire for flesh and lust that any severe admonition.

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