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Plan Chinois en Corée du Nord

16 février 2010

Un plan Marshall chinois contre le nucléaire
nord-coréen

Par Pierre
Haski | Rue89 | 15/02/2010 | 19H04

Un plan d’investissement équivalent à un quart du produit intérieur
brut annuel d’un pays, c’est du jamais vu, plus important encore que le plan
Marshall
américain pour l’Europe après la Seconde Guerre mondiale.
La comparaison n’est pas absurde, puisqu’il s’agit d’un projet chinois
pour la Corée du Nord, un appât pour amener le régime de Pyongyang à
abandonner l’arme nucléaire.

C’est l’agence sud-coréenne Yonhap qui a vendu la mèche lundi,
révélant que Pékin négociait un tel plan d’investissements, dont
60% serait assurés par des banques ou des grandes entreprises
chinoises. Selon Yonhap, le projet a été évoqué la semaine dernière lors
d’une rencontre entre le leader nord-coréen Kim Jong-il et Wang Jiarui, le responsable du secteur international
du Parti communiste chinois (PCC).

L’économie nord-coréenne exsangue

Pour avoir une idée de l’ampleur du plan, il faut savoir que l’économie nord-coréenne, qui est exsangue sous le
double effet d’années de sècheresse et d’une gestion calamiteuse, ne
dépasse pas en PIB les 40 milliards de dollars annuels (contre 888
milliards pour la Corée du Sud).

Les quelques tentatives d’attirer les investissements étrangers se
sont imitées aux grands groupes sud-coréens ou à créer une zone franche
pour les Chinois à la frontière sino-coréenne, face à la ville chinoise
de Dandong.

L’initiative chinoise est d’abord politique, la Chine jouant le rôle
de chef de file dans les négociations à six (avec les deux Corée, les
Etats-Unis, le Japon, la Russie) sur la question nucléaire. La Corée du
Nord s’est dotée de l’arme nucléaire après s’être retirée du Traité de
non prolifération en 2003, et a procédé à deux essais nucléaires, en
2006 et 2009.

La Chine elle-même ne souhaite pas que la Corée du Nord reste
nucléarisée, redoutant que cela encourage le Japon à emprunter la même
voie. Mais Pékin ne veut pas voir non plus son voisin communiste
s’effondrer, au risque de voir la Corée du
Sud
, bien plus développée, se réunifier avec le nord, et amener
l’influence américaine, encore très forte au sud, jusqu’à la frontière
de la Chine.

Un électrochoc pour l’économie nord-coréenne

Economiquement, la Corée du Nord semble difficilement capable
d’accueillir une manne d’investissements aussi forte. Sauf à commencer
par le développement des infrastructures qui manquent cruellement, comme
la production d’électricité, les télécoms, les transports ou dans le
domaine social, hospitalier ou éducatif.

Tout visiteur à Pyongyang, une capitale qui fut moderne à sa
reconstruction après la guerre
de Corée
dans les années 50, ne peut manquer d’être frappé par le
dénuement dans les magasins, l’absence de transports en commun, les
coupures d’électricité, le chauffage intermittent…

Les besoins sont immenses, malgré les quelques tentatives de
développer un marché « libre » afin d’améliorer la circulation de
produits alimentaires.

Si ce plan venait à être effectivement décidé et appliqué, ce serait
l’illustration de la politique de chantage menée depuis bientôt une
décennie par la Corée du Nord.

La Chine soutient le régime, mais à peu d’estime pour le « pays
frère »

Les diplomates sont convaincus que l’option nucléaire n’a pas d’autre
objectif que de contraindre les Occidentaux à lui donner les garanties
de sécurité qu’elle réclame (il n’y a toujours pas de traité de paix
depuis la fin de la guerre de Corée en 1953), et de lui apporter les
soutiens financiers qu’elle est incapable de générer d’elle-même avec
son système en faillite.

Ce faisant, la Chine conforterait son rôle de mentor de la Corée du
Nord, malgré le peu d’estime que portent les dirigeants de Pékin pour
leurs « frères » de Pyongyang, et renforcerait sa crédibilité de
puissance régionale.

Reste à passer du plan à la réalité, et ce ne sera pas une mince
affaire, même pour les dirigeants chinois qui ont réussi à transformer
l’économie de leur pays de la catastrophe maoïste à sa puissance
actuelle en à peine trois décennies.

Photo : des officiels nord-coréens en congrès à Pyonyang ce lundi
(KCNA, agence officielle nord-coréenne)

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