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Mountain of the soul

22 janvier 2010
    Ce qui caractérise l’esprit du grand peng, c’est que son ambition la plus élevée consiste dans la libération totale de son corps et de son esprit et que, pour cela, il déploie des efforts constants afin de briser le cercle, afin de s’élever toujours plus haut, afin de toujours se rapprocher de l’univers. Telle est la vie spirituelle de Gao Xingjian. Ce qui caractérise sa vie et sa création, c’est sa volonté permanente de s’échapper de la prison qu’impose l’esprit, c’est-à-dire des limites imposées par l’action de l’homme. La Montagne de l’Âme, que l’on peut considérer comme la pièce majeure de son oeuvre romanesque, peut être décrite comme une quête de cette fameuse montagne, mais aussi comme l’évasion spirituelle d’un prisonnier spirituel. (…) Au cours de ces vingts années de recherche, a-t-il fini par trouver la "montagne de l’Âme" ? La réponse à cette question n’apparaît pas directement dans son oeuvre, mais, à sa lecture, nous pouvons dire qu’il ne l’a pas trouvée, et nous pouvons aussi dire qu’il l’a trouvée. La montagne de l’Âme n’est pas extérieure à nous, elle est en nous. La montagne de l’Âme n’est pas cachée quelque part derrière les chutes d’eau et la brume, elle est au centre de notre âme. La montagne de l’Âme, ce sont ces yeux ouverts qui contemplent le monde et qui nous contemplent nous-mêmes, c’est cette lueur éternelle cachée au plus profond de la vie, et dont il est question dans le dernier chapitre du Livre d’un homme seul. Il faut, pour s’évader de sa prision spirituelle, franchir les murs les uns après les autres. Le dernier obstacle, le plus difficile à franchir, est l’enfer du moi. La vérité exprimée dans cet ouvrage unique qu’est Le Livre d’un homme seul est la voie de salut la plus réele, la plus efficace qui soit, celle du salut par soi-même. Cette voie n’est pas celle du salut universel des chrétiens, elle est celle du bouddhisme chan (zen), celle qui consiste à gagner sa liberté en puisant dans sa seule force intérieure, à vivre pleinement l’instant présent et à s’exprimer pleinement.

Entrevue par Denis Bourgeois :
Gao Xingjian : Quand l’écriture vient les sons laissent le champs à des traces universelles. Le travail de l’écrivain consiste à renouer avec ces sons originaires de la langue. C’est une activation des possibilités de la langue. On doit retravailler les mots, et leur ajouter quelque chose de sensible, de personne, pour les revivifier. Ça devient vrai, vivant, mais c’est un autre genre de travail que la peinture.
La langue écrite, c’est comme le cristal de la civilisation beaucoup 0plus délicat que l’image. L’écriture suppose un travail très délicat : on doit en permanence se poser la question de savoir comment faire revivre ces mots morts, muets. Ce qui est important dans ce travail c’est la sensibilité de la langue. Sans cette sensibilité, on tombe dans une écriture académique, qui peut transmettre des connaissances, mais rien de plus. Quelle est la spécificité de l’écriture littéraire ? inspirer cette sensibilité dans des mots morts. À partir de là, on peut parler de musicalité d’une langue. Derrière les phrases, on sent un ton, un souffle vivant.
(..) Tous les grands écrivains ont une quête du réel. Ils apportent involontairement quelque chose de nouveau de par leur volonté d’approcher la réalité. Mais si on fait exprès de créer quelque chose de nouveau, ça devient mort.

– Et comment passes-tu du chinois au français?
Gao Xingjian : – Les structures des deux langues sont tellement différentes. Je suis incapable de traduire mes propres textes mot par mot ou phrase par phrase ; j’y ai renoncé. quand je travaille directement en français, je dois oublier ma sensibilité de la langue chinoise. Pour bien faire, il faudrait séparer franchement : une période pour le chinois, une autre pour le français. La phrase chinoise est très hachée. Quatre mots suffisent amplement à faire une phrase. Tandis que dans les langues indo-européennes, et en particulier en français, les phrases sont tellement langues et enchaînées. En français, la musicalité de la langue dépend beaucoup de cet enchaînement syllabique, des allitération, tandis qu’en chinois, c’est plutôt une question de tonalité, la façon d’articuler les quatre tons. Il n’y a guère de correspondance.

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